• Londres

     

     

    " A dix-huit ans, j'ai quitté ma province ... bien décidé à empoigner la vie ... "

    C'est à dix-sept ans que j'ai quitté le " cocon " familial et, d'une certaine façon oui, c'était pour empoigner la vie, puisque j'avais décidé sans le formuler vraiment que je voulais avant tout fuir un milieu que je ne savais pas encore dysfonctionnel, faute de formation, mais dont je ressentais profondément la toxicité et où je savais que ma perte serait courrue d'avance si je ne m'en échappais pas. A cet âge, je voulais déjà changer de vie et si c'est le hasard qui a placé Londres sur mon chemin, c'est la volonté (puisque j'étais mineure), et le bac en poche, qui m'ont permis de m'y rendre et d'y rester pendant un an, tout à la fin des années 70.

    Ce fut un électrochoc cérébral, affectif, émotionnel. Et visuel aussi, bien entendu, puisque de ma " province " je n'étais même jamais encore passée par Paris. Londres a été mon catalyseur. 

    Les dieux devaient être d'accord avec ma volonté de quitter une fange qui me collait à la peau car ils ont placé sur mon chemin une famille merveilleuse, à laquelle j'ai immédiatement voué une affection et une admiration incommensurables et qui est vite devenue une référence si ce n'est un modèle. Alors que je vivais chez eux ainsi que les années qui ont suivi, je pensais combien, quand j'en aurais une à mon tour, je voulais que ma famille ressemblât à celle là. Il y avait Wendy and Chris, les parents, et Matthew and Naomie, les enfants de sept et cinq ans. C'était une famille de bon niveau (elle médecin généraliste, lui chirurgien plastique spécialisé dans les cancers). C'étaient des parents aimants, qui respectaient leurs enfants, leur parlaient avec tendresse et bienveillance. C'était un couple qui communiquait avec intelligence, estime et considération. A mon égard, je découvrais une tolérance, une politesse, une affection auxquelles mon passé ne m'avait jamais habituée. Auprès d'eux, j'étais subtilement tirée vers le haut, encouragée, quasiment à mon insue et avec une délicatesse infinie, à grandir, à m'éveiller, à découvrir, à me développer.

    Aujourd'hui que je suis plus âgée, je sais combien l'expérience nous permet de lire entre les lignes d'une vie qu'on ne nous raconte pas. C'est plus tard, alors que je ne m'étais jamais posée la question pendant que je vivais chez eux ni même les années suivantes, que j'ai compris qu'ils avaient très bien ressenti, à défaut de savoir, quel genre d'oisillon ils venaient d'accueillir sous leur aile.

    Aujourd'hui que j'ai largement dépassé l'âge qu'ils avaient quand nous nous sommes rencontrés, c'est à eux que je pense lorsque je rencontre un jeune qui avance cahin-cahan dans sa vie. Ils sont avec moi, en pensée, quand je m'efforce à la même tolérance, à la même compréhension, à la même envie d'accompagner ... comme pour leur rendre ce que j'ai si bien reçu. Comme pour les en remercier.Ce que je n'ai jamais eu l'occasion de faire.

    Nous nous sommes malheureusement perdus de vue. Après mon expérience Londonienne, j'ai connu  plusieurs ailleurs lointains par la suite ; quelques années plus tard, alors jeune maman, j'ai eu l'occasion d'accueillir à Barcelone le fils, qui lui même était devenu un jeune homme et qui parcourait l'Europe ; et puis ils ont déménagé à leur tour quand les enfants ont eu quitté le nid ;  il y a eu la naissance de ma petite fille, d'autres déménagements ; un flottement ; la vie ; internet n'existait pas encore ; par la suite, j'ai fait des recherches régulières, en vain ; aujourd'hui ... il m'arrive encore d'essayer de temps en temps ... mais l'espoir s'amenuise.

    Pourtant ... pourtant ils sont omniprésents dans mon coeur et dans mes pensées. Aujourd'hui encore, certaines situations personnelles me renvoient à l'époque où je vivais chez eux. Certaines décors, certaines scènes de vie m'en rappellent d'autres. Ce sont des moments apaisants.

    Je leur dois ma vie. En une année, ils ont, par leur intelligence, par leur tact, par leur bienveillance et leur ouverture d'esprit réparé ce que mes géniteurs avaient atrophié méticuleusement en dix-sept ans par pure bêtise, à cause d'une sensibilité restreinte à force de névroses cumulées.

    Depuis, Londres est toujours restée chère à mon coeur. Sa simple évocation me fait fondre. C'est ma petite madeleine de Proust à moi. Comment exprimer le trouble apparu quand l'un de mes enfants, alors qu'il n'avait pas encore terminé son cursus, y a dégotté son premier job ? Comment décrire la sensation qui m'a enveloppée lorsque je lui ai rendu visite à son arrivée ? L'émotion atteint son paroxysme en même temps qu'elle est indicible. Je suis tout bonnement submergée.

    Je n'y étais pas retournée vraiment depuis une trentaine d'années.

    C'est une ville merveilleuse. Aussi belle que Paris mais différente pourtant, elle a su s'adapter au monde moderne tout en conservant ses traditions et ce charme si particulier qui lui confère une athmosphère unique. Il faisait beau, j'étais bénie, une fois de plus. Je ne disposais que d'un peu moins de quarante huit heures, aussi je n'ai pas pu aller bien loin, mais j'ai vu suffisamment pour y retourner très vite.

    " ... Mes traits ont vieilli bien sûr, sous mon maquillage. Mais la voix est là, le geste est précis et jai du ressort ... "

    (J'ai passé plusieurs heures à sélectionner des photos pour illustrer cet article avant de devoir admettre la vérité : je suis super naze en photo(s). Mes clichés ne reflètent en rien ce que j'ai ressenti, mes yeux et mes émotions sont en divergence. C'est incompréhensible. Alors : no photo. Je reste avec Aznavour ... )

     

     

     

     

     

     

    « Forte chaleur #2C'était mieux avant ... »

  • Commentaires

    1
    Magitte
    Lundi 19 Juin à 14:00

    Quels bons souvenirs racontés "avec votre coeur" !Et quel dommage que cette famille ne lise pas ça ! J'ai cru relire une partie de ma vie !  Je m'étais attachée à une famille française pendant la guerre. et j'ai pu correspondre avec la Maman des enfants dont je m'étais provisoirement occupée, jusqu'à la fin des années 1980 ! Je ne l'oublierai jamais !

    Mais, contrairement à vous, ma famille "de naissance" ne m'imposait rien., si ce n'était que pour mon bien !  

    J'ai lu votre article avec un grand plaisir.

     

      • Lundi 19 Juin à 23:05

        On n'oublie jamais les gens qui comptent vraiment, n'est-ce pas ?

        Cette famille fait partie des moments heureux. Merci pour votre gentil commentaire.

    2
    Lundi 19 Juin à 19:03

    En effet LONDRES et surtout ceux que tu y as connu sont  ton ciment dans la vie, ouf il y a eu eux, sans des personnes bienveillantes  c'est bien plus difficile de guérir et d'avancer. Tu me touches beaucoup avec ce texte et j'espère de tout coeur que tu les retrouveras et à minima reviendra souvent à LONDRES, ton havre de paix. bisous

      • Lundi 19 Juin à 23:06

        Oh ! ma poulette ! T'es mignonne comme tout. Mon problème, c'est le père Michu, il déteste les anglais. D'ailleurs, il a été odieux (le mot est faible) le week-end dernier. J'irai sans lui la prochaine fois.

    3
    Mardi 20 Juin à 06:00

    je découvre....et à mon tour je suis submergé par ta délicatesse et la force qui se trouve dans tes propos.

    Tes commentaires à  "l"'emporte pièce et au sabre d’abordage " ne me laisseront plus le même sentiment....

    Merci de ce cadeau avec nous partagé.

      • Mardi 20 Juin à 08:07

        Ah bin voilà ! Encore une victime !

    4
    Saby
    Mardi 20 Juin à 08:05

    Touchée !  

    Parfois faut laisser les Mr Michu pour profiter un max ...oui tu as raison 

    Ca serait trop chouette si tu pouvais les revoir un jour .... imagine ...truc de ouf !! 

      • Mardi 20 Juin à 08:08

        Wé ! Les mecs, des fois ... ch'te jure ...
        Des fois, vaut mieux les voir en photo (mais habillés, hin ! )

    5
    Mardi 20 Juin à 09:02

    voila des souvenirs mieux que des photos encore

    car tu as tout en tete et c'est a toi de trier l'ensemble

      • Mardi 20 Juin à 10:18

        Belle réponse, Gaulois ! Merci ^^Au final, il reste l'essentiel, n'est-il pas ?

    6
    Mardi 20 Juin à 10:20

    Coucou,

    y'a des endroits comme ça, à l'émotion forte, ton récit est très touchant.

    P'têt qu'un jour en allant chercher un fish'n chips, à un coin de rue...

     

      • Mardi 20 Juin à 13:35

        Je m'excuse de vous demander pardon...mais j'ai comme qui dirait l'impression que le "vernis "craque ...mais faudrait voir à voir à ne pas le montrer !..me trompe je?

      • Mardi 20 Juin à 19:18

        Bin mon Poilu !? oh Qué vernis ? Je ne sais pas ce que c'est que le vernis*

        Par contre, j'aime beaucoup bien énormément déconner ... (passe ke hin ... bon ! on n'est pas là pour polluer la planète non plus ! ) et là, je sais pas trop m'arrêter. Il parait que le rire est la politesse des rois ... moi, j'ai toujours dire qu'il n'y avait pire dépressif que celui qui rit trop fort et je suis convaincue que les humoristes sont des gens insupportables à vivre au quotidien.

         

         

        *Demande à ceux qui me suivent depuis mon premier blog ...

    7
    Mardi 20 Juin à 16:08
    Alice l-p
    Cette époque bénie doit rester intacte dans ton souvenir car il est une force pour toi. Il ne peut pas être effacé en repeignant par dessus
      • Mardi 20 Juin à 19:21

        AAAAAARGGGGHHHH ! ALICE !!!!

        TOI ICI !?!?!?????

        Ca y est, on t'a libérée ?

        " Du temps qui fuit sachons jouir, bonheur d'aimer passe richesse ; jusqu'à notre dernier souffle rendons caresse pour caresse " (ou un truc dans le genre. Poéte du 18° mais Chépluki Ejmenfou)

        Tu reviens, oui ?

         

      • Mardi 20 Juin à 19:23

        Et au fait : pourquoi veux tu que je repeigne ? Je suis bien, là. Dans une espèce d'Alpha-Oméga.
        Cool. La vie sait être grâcieuse.

        N'est-elle pas ?

    8
    Mercredi 21 Juin à 14:27
    Alice l-p
    Oui je sirote une bière glacée en tardant la mer. Et je lis et commente ici en même temps : c'est le pied
      • Mercredi 21 Juin à 17:58

        Je comprends...

         

         

        En direct live ! :D



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :